Bornéo – Mulu & Niah

14 juillet

Le parc national de Gunung Mulu, au coeur de Bornéo et accessible seulement en avion ou par bateau, (trajet de 4 jours sur des rivières) est notre prochaine destination. Ce parc est réputé pour ses cavernes gigantesques explorées il y a à peine quelques années. Nous sortons du minuscule aéroport vers midi et marchons sur un peu plus d’un kilomètre pour arriver à notre auberge, tout près de l’entrée du parc national. C’est plutôt tranquille en ce moment du côté touristes. Il ne nous reste qu’à prendre les arrangements nécessaires pour notre expédition de trois jours qui débute demain matin. Nous achetons le strict nécessaire pour nos prochains repas car nous devrons tout transporter ce dont nous aurons besoin pendant ces trois jours.

Aéroport de Mulu

15 juillet

Après quelques derniers préparatifs, c’est le grand départ avec un guide et un groupe d’une dizaine de jeunes. Notre trajet commence sur la rivière dans un bateau long traditionnel mais propulsé par un moteur (modernité oblige). Nous sommes quatre touristes et deux indigènes assis l’un derrière l’autre dans notre bateau. Premier arrêt : un village indigène où les habitants, autrefois des chasseurs-cueilleurs nomades sont maintenant sédentaires, vu que le gouvernement leur a construit un village et des installations plus modernes (tiens, tiens, il me semble avoir déjà vu ce phénomène chez nous!). On nous amène au petit marché traditionnel où ces derniers vendent des produits faits à la main (colliers, tissage, etc.). Puis on poursuit notre périple sur la rivière.

Prochain arrêt : des cavernes gigantesques, Cave of the winds et Clearwater cave. Ces cavernes sont dans les plus grosses au monde. Il y a des passerelles bien aménagées pour nous permettre de faire un tour à l’intérieur et observer les formations qui ont mis des millions d’années avant de prendre leur apparence actuelle. Ça fait tout de même réfléchir sur l’importance de bien préserver ce que la nature a façonné sur une si longue période de temps. Retour au bateau pour un autre petit bout de rivière et on se fait déposer sur la rive d’où part notre piste en pleine forêt tropicale. Bon là, juste pour vous mettre au diapason, pour cette expédition il faut transporter nous-mêmes tout ce dont nous aurons besoin pour les trois prochains jours : linge, couverture, effets personnels, nourriture (eh oui, j’ai bien dit nourriture car il n’y a pas de restaurant au campement où nous allons séjourner mais il y a tout de même une cuisine pour se faire à manger), 3 litres d’eau par personne (ça c’est lourd), etc. Nous sommes avec un groupe de jeunes Malaysians d’origine chinoise et deux français. Il ne nous reste qu’à suivre la piste à la marche sur une distance de 9 km, en transportant tout ce que j’ai listé auparavant. Pas besoin de vous dire que nous nous en sommes tenus au strict minimum quant à nos effets personnels. Quand on fait ce genre d’aventure, il faut accepter d’être sale, puant et toujours complètement détrempé de sueur. Une piste (plutôt vaseuse par endroits) en pleine forêt tropicale humide nous mène au camp en trois heures. Nous sommes surpris de constater une certaine modernité au camp malgré sa localisation. On nous assigne un dortoir ouvert (pas de portes) pour tout le groupe avec un matelas pour chaque personne. Il fait bon s’installer, manger, et surtout se laver. Les douches et les toilettes sont très propres mais l’eau est toujours un peu froide car l’eau chaude n’est pas une commodité courante depuis que nous sommes en Malaisie. Inutile de vous dire que le dodo est pas mal tôt ce soir. 

Les bateaux longs qui nous amènent aux cavernes et au début de la piste

Clearwater cave

Camp no 5

16 juillet

Réveil à 5h du matin… Ah misère, il faut vraiment la vouloir cette expédition!! Nous l’avons réservée des mois à l’avance, nous sommes entraînés au gym tout l’hiver et avons même complété le tout par un entraînement dans des escaliers pendant quelques semaines avant le départ en voyage! En fait, laissez-moi vous en parler un peu… tout d’abord, cette piste n’est pas pour tout le monde. Le premier pré-requis est la forme physique. C’est bien spécifié dans la description. Avec raison : malgré sa courte distance (2,4 km), cette piste a une dénivellation de 1,2 km, ça veut à peu près dire que nous allons grimper à flanc de montagne sans arrêt. Interdit de monter sans un guide! En fait, un guide mène la marche et un autre la ferme. La récompense? Une vie spectaculaire sur une formation de rochers exceptionnels sculptés par la pluie et le vent, que l’on nomme les pinnacles.

Départ du camp à 6h30 sans faute car la montée est chronométrée pour s’assurer que tout le monde soit revenu avant le coucher du soleil. En moyenne, il faut 4 heures pour atteindre le sommet et 5 heures pour en redescendre (eh oui, la descente est apparemment plus difficile que la montée). Il faut aussi transporter trois litres d’eau par personne. Moins de 5 minutes plus tard, la montée commence et laissez-moi vous dire que c’est très raide. Il faut utiliser non seulement ses pieds mais aussi ses mains en tout temps pour s’agripper aux pierres, racines, arbres et tout ce qui est à notre portée pour grimper littéralement le long de la piste. Premier arrêt : tout le groupe s’y rend à temps soit en moins d’une heure. Mais à partir de là, la montée se fait sentir et le groupe se disperse le long de la piste. Les plus rapides suivent le rythme du guide à l’avant, les plus lents sont suivis par le guide à l’arrière. Nous sommes dans le groupe de tête avec seulement deux jeunes. Les arrêts sont rares et la montée se poursuit, toujours aussi raide. En fait, c’est la fin de la piste qui est la plus difficile car la dénivellation s’accentue et une série de 16 échelles en métal sont ancrées à flanc de montagnes aux endroits les plus à la verticale. C’est pratiquement de l’escalade sans harnais. Au bout de trois heures (il n’est que 9h40) nous atteignons le sommet dans le peloton de tête. Magnifique! Au moins le défi en valait la chandelle! Nous prenons beaucoup de photos et mangeons en attendant le reste du groupe qui arrive une heure plus tard. Mais il n’y a pas de temps à perdre, nous commençons à descendre car imaginez la difficulté de redescendre une piste si difficile à monter… C’est en fait la partie la plus difficile de l’aventure. Plusieurs fois il est plus facile de se tourner vers la paroi pour descendre car c’est trop rapide pour y aller de face. Chaque pas doit être soigneusement choisi et cette fois, il est impératif d’utiliser les mains pour s’agripper constamment. Plusieurs cordes jalonnent le parcours et elles sont plus utiles en descendant qu’en montant. On s’y pend fermement et on descend en se laissant aller lentement, trouvant appui pour les pieds à mesure de la descente. Il nous arrive souvent de glisser un peu car la pluie de la nuit dernière rend tout humide et glissant. Tout ça pour dire que nous arrivons en bas 4 heures plus tard soit à 14h30, fatigués mais pas mal fiers d’avoir relevé le défi. La majorité des personnes de notre groupe reviennent vers 16h30 alors que les derniers arrivent à 18h!

Les pinnacles
Notre groupe

17 juillet

C’est après un sommeil réparateur que tous se lèvent vers 7h pour se préparer à reprendre la route inverse, c’est-à-dire la fameuse marche de 9 km en forêt puis le bateau long pour revenir au quartier général du parc national. Bon cette fois le poids à transporter est moindre car la bouffe est épuisée. La route nous paraît donc moins longue malgré nos jambes un peu ankylosées. Nous atteignons le but final avant même l’heure du dîner. C’est un peu bizarre à dire mais il y a un certain décalage mental qui se produit après une telle aventure. Tout nous paraît soudainement tellement facile que c’en est presque anormal. Par exemple, la sensation de propreté, la facilité de se procurer de la nourriture, le confort d’un bon lit, etc. La vie moderne est tellement facile qu’on en oublie notre chance. Il est très (trop) facile de se complaire et de surconsommer vu la surabondance des biens et produits et la facilité à se les procurer… Attention! Gardons cela en tête chaque jour!

Notre auberge
Tour d’observation de la canopie

18 juillet

Nous prochains jours ici sont destinés à l’exploration du parc national et ce qu’il a à offrir. Plusieurs des visites doivent être réservées à l’avance car un guide accompagne chaque groupe, et il faut payer un certain montant chaque fois. Aujourd’hui nous avons réservé une visite des deux cavernes les plus populaires car très spectaculaires : Deer cave et Lang cave. Un sentier de 3 km sur une passerelle en bois légèrement surélevée nous y mène. En route, le guide en profite pour nous montrer des plantes et nous indiquer leur utilité pour les indigènes en plus de nous pointer certains insectes. L’entrée de la première caverne nous laisse deviner son immensité. La hauteur de la chambre principale est de 250 m. Mais ce qui est encore plus impressionnant est ce qu’elle héberge : 2 à 3 millions de chauves-souris (12 espèces différentes) en plus des oiseaux (comme de petites hirondelles) qui utilisent aussi l’écholocalisation grâce à leur petit cri aigu. Nous serpentons sur un sentier fait de ciment, de métal ou de bois pour bien observer les formations rocheuses et on peut même voir les colonies de chauve-souris pendues au plafond formant des rideaux noirs sur la pierre plus pâle. Ici le sol est couvert d’une matière noire grouillante d’insectes. C’est en fait un mélange d’excréments de chauves-souris et d’oiseaux, du guano, en décomposition. L’odeur est frappante! À mentionner… 12 tonnes de guano sont déposées chaque jour dans la caverne. En fait, ces chauve-souris consomment 15 tonnes d’insectes chaque nuit. Elles sortent de la caverne chaque soir comme une vague noire dans le ciel.

La deuxième caverne n’a pas les mêmes proportions que la première mais sa beauté nous fascine tout autant. Après ces deux visites, nous allons nous asseoir en groupe à un point d’observation non loin de l’entrée de la caverne pour admirer la sortie des chauve-souris. Nous attendons pendant un certain temps mais ce soir, elles ne sortent pas avant la tombée du jour. Ce sera donc pour une autre fois. Par contre, durant notre attente, je vois passer au dessus de la forêt un magnifique calao, oiseau emblème du parc. J’adore mes jumelles!

Deer cave
Profil de Lincoln, Deer cave
Lang cave, les méduses

19 juillet

Deux activités sont prévues pour aujourd’hui. Tout d’abord, une marche sur des passerelles en hauteur pour observer la canopie de la forêt. Nous partons avec le guide et 7 autres personnes à 8h30. Marche de 2 km, observations de la nature, puis nous arrivons au site. Le parcours en hauteur est construit à l’aide de cordes et d’échelles de métal couvertes de planches de bois, qui sont arrimés aux arbres les plus gros. Ceux qui ont peur des hauteurs s’abstenir car c’est extrêmement haut et ça bouge beaucoup. Nous devons circuler une personne à la fois sur chaque passerelle et ne pas s’agglutiner à plus de 4 personnes à la fois sur chaque plate-forme. Le trajet est composé d’une douzaine de passerelles, séparées par des plates-formes construites autour des troncs d’arbres. D’en haut, la perspective de la forêt est tout à fait différente. On s’y sent moins enfermé malgré le fait que la végétation y est presque aussi dense. Nous en profitons pour y rester le plus longtemps possible car cette opportunité d’observation n’est pas donnée à tous. Il fait déjà un soleil radieux et les animaux sont pour la plupart tranquilles.

Deuxième activité : marche de nuit avec un guide. Nous soupons tôt pour être prêts pour 19h mais 30 minutes avant le départ, le ciel se déverse sur nos têtes…le déluge! L’activité est donc annulée pour ce soir.

Promenade sur la canopie
Canopie

20 juillet

Il y a quelques courtes pistes dans le parc qui peuvent être faites sans guide alors nous choisissons cette option en matinée. Un petit trajet de 8 km nous permet encore une fois d’apprécier la grande biodiversité de cet environnement. En soirée nous nous reprenons pour l’observation de la sortie des chauve-souris mais encore une fois, elles laissent toute la foule sur son appétit. Les gens commencent à partir car le soir tombe et là, finalement, on voit apparaître deux faucons (prédateurs des chauve-souris) et une petite nuée de ces mammifères volants qui sortent très vite. C’est le début de leur sortie nocturne mais il fait maintenant trop sombre pour les observer. Par contre, pendant l’attente, nous avons eu la chance de voir un couple de calaos qui volaient haut dans le ciel.

21 juillet

Autre journée, autre départ, cette fois-ci en avion pour Miri et en auto pour le parc national des cavernes de Niah. Ce parc a une valeur archéologique puisque des excavations dans les cavernes ont démontré la présence d’humains depuis plus de 40 000 ans. De plus, cette région a une grande importance culturelle et commerciale pour la région puisque la cueillette de nids d’oiseaux comestibles (très prisés par les chinois) se fait depuis longtemps ainsi que l’utilisation du guano (excréments de chauve-souris et oiseaux) comme engrais pour les cultivateurs.

Nous arrivons en après-midi et c’est sous un ciel orageux que nous entamons notre marche de 3 km sur des passerelles de bois surélevées de 5 à 10 pieds du sol et plus ou moins glissantes. Ici c’est la forêt tropicale marécageuse. On voit des singes, des oiseaux, des insectes mais à part ça, c’est plutôt tranquille. Et wow, on arrive à l’entrée de la caverne, tout d’abord à l’endroit où les collecteurs de nids vivaient autrefois (du début du siècle jusqu’aux années 70) pendant les jours de cueillette, puis à l’entrée de la grande caverne, qui est en fait immense! Bon commençons par les ceuilleurs de nids…. Au début du siècle, cette région était le premier producteur mondial de nids d’oiseaux (les hirondelles des cavernes). À cette époque, il y avait environ 1,7 millions de ces oiseaux dans cette caverne (200 000 aujourd’hui). Ces oiseaux sont les seuls oiseaux adaptés pour vivre dans les cavernes. Lorsqu’ils font leur nid, ils sécrètent une substance gluante qui permet de fixer le nid à la paroi rocheuse. C’est ça qui est comestible en fait. Les chinois en font une soupe. Revenons aux ceuilleurs… Ceux-ci utilisent de longues tiges de bois fixées au plafond de la caverne pour grimper et y décrocher les nids. C’est fou comme c’est haut! Les tiges sont toujours pendus là et nous donnent une idée du danger de cette tâche. La collecte des nids est encore pratiquée de nos jours mais elle est réglementée de façon à bien gérer cette ressource.

Passons maintenant à la caverne… Celle-ci est vraiment immense, comme je l’ai dit auparavant. Des passerelles en bois nous permettent d’y circuler sauf que, contrairement à celles que nous avons visitées à Mulu, ici il n’y a pas d’éclairage. La lampe de poche est essentielle!! Si vous avez peur des espaces clos et obscurs, s’abstenir! Une fois à l’entrée de la caverne, il faut marcher pendant un autre 1,5 km de passerelle recouverte de guano plus ou moins glissant et ce, à la lumière de notre lampe de poche. Nous en ressortons de l’autre côté avant d’atteindre une autre caverne où ont été découvertes des dessins préhistoriques sur les murs. Fascinant!

Bon il faut maintenant refaire les quelques 4,5 km en sens inverse pour retourner au centre principal du parc. Il fait très humide mais au moins il ne pleut plus.

Bateau pour traverser la rivière
La caverne où séjournent les cueilleurs de nids
Caverne de Niah
Caverne de Niah. On remarque les tiges en bois qui permettent de grimper jusqu’au plafond… c’est fou!
Poste pour contrôler la  cueillette des nids
Vue du fond de la caverne de Niah
Sortie de la caverne pour se rendre aux peintures anciennes
Andrée à l’écriture de notre blog

22 juillet

Bon, retour à la civilisation, plus précisément à la ville de Miri en voiture avec chauffeur. Le trajet prend un peu moins de deux heures. Miri est une ville de transit à Bornéo. Il n’y a rien de bien spécial à visiter. On se prépare à partir en autobus demain matin pour Brunei.

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